INTRADIEGESIS

Dès l’enfance les hommes ont, inscrites dans leur
nature, à la fois une tendance à représenter — et
l’homme se différencie des autres animaux parce
qu’il est particulièrement enclin à représenter, et
qu’il a recours à la représentation dans ses premiers
apprentissages — et une tendance à trouver du
plaisir aux représentations.

Aristote, Poétique, 1448 b, 6-9.

Étudiant en Master-1 d’Arts Appliqués, j’ai décidé de partager mes recherches ancrées dans une démarche adhérente à la transdisciplinarité, avec pour espoir de former l’exercice d’une “pensée à plusieurs” sollicitant autant d’acteurs que de lecteurs, où chacun peut s’exprimer et prendre part à l’établissement d’une pensée dans l’articulation et la confrontation des points de vue et des connaissances.

Ce seront donc des réflexions personnelles et ouvertes mais également des livres et des articles, des conférences et des interviews aux formats audio et vidéo, ainsi que des images publiés sur d’autres blogs et d’autres sites qui formeront la “matière” de ce blog. Cette matière sera sollicitée au profit de réflexions menées sur un phénomène que je qualifierais comme “le débordement du diégétique sur la réalité”.

Commençons par rendre compréhensible la notion de diégétique, c’est-à-dire ce qui est relatif à la diégése. Il s’agit “de l’univers d’une œuvre, le monde qu’elle évoque et dont elle représente une partie“. Comme c’est le cas avec le cinéma, le théâtre, la littérature, la peinture, etc., la diégése est le monde représenté dans l’œuvre, quelle que soit sa relation avec le réel. C’est cette particularité que désigne les activités où on représente quelque chose et qui peut avoir des lois internes propres (différentes de celles de la réalité). Si on parle ainsi d’un niveau intradiégétique, c’est que l’on adopte le niveau des personnages, de leurs pensées, et de leurs actions.

L’image en tant que représentation physique et mentale est le lieu privilégié de la diégése, du premier trait des grottes préhistoriques à la photographie (c’est-à-dire ce que l’on essayerait de déterminer comme une re-présentation objective de la réalité – à l’exemple de la photographie scientifique considérée en tant que preuve et source d’information) se reflète dans l’image, finalement et avant tout, le projet de soi. L’œil et l’esprit voient le monde (et en ce sens se projettent dans l’appréhension de la réalité) et ce qu’il manque au monde pour être une image – cf. L’œil et l’esprit de Merleau-Ponty. L’image fait naître l’objet avec une identité totalement nouvelle et, en partie, autonome (selon les lectures qu’on en fait).

L’enjeu est de comprendre comment s’articule l’activité perceptive de l’image – de la représentation – selon différents points de vue afin d’en mesurer les conséquences. Cette problématique se développera selon l’idée, formulée par Merleau-Ponty et reprise par Francisco Varela, que l’organisme donne forme à son environnement en même temps qu’il est façonné par lui.

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